La Tunisie amazighe

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Présentation

La Tunisie est une République appartenant à la Tamazgha, l’espace commun culturel et civilisationnel des Amazighs.

Elle est bordée au nord par la mer Méditerranée.

La Tunisie est située en Tamazgha centrale, au centre du monde amazigh.

Tunisie Amazigh Culture et identité amazigh de Tunisie

Drapeau

La Tunisie a adopté plusieurs drapeaux dans son histoire. Le drapeau officiel est décidé en 1835 par le colon ottoman Hussein II Bey.

Il pourrait être modifié un jour pour ne plus être constitutif du monde islamique, soumis au vote populaire du peuple tunisien.

Ce ne serait que justice que la chelha, la langue amazighe (berbère) apparaisse dans son hymne national.

La monnaie est le dinar dans l’attente d’une monnaie commune nord-africaine.

Géographie

Près de 40% de la superficie du territoire est occupé par le désert du Sahara.

Le littoral est long de 1298 km dont la moitié de plages sablonneuses.

Au centre, région de steppes, est cultivé l’olivier.

Au nord-est se pratiquent les cultures maraîchères et fruitières.

Au nord, des forêts, polyculture et élevage dans les praires.

Le point culminant est l’Adrar Chambi (Djebel Chambi) 1544 mètres extension du massif de l’Atlas.

Histoire

Deuxième guerre punique (218 – 201 Av. J-C) Syfax, qui était le roi de la Numidie occidentale se rallie à Carthage après avoir épousé Sophonisbe la fille du Général carthaginois Hasdrubal.

Sophonisbe Sofines est la dernière reine de Numidie.

Syfax est capturé par les Romains, transféré à Rome où il mourut en l’an 208 av. J-C.

Syfax aurait fait construire sur les hauteurs de l’emplacement actuel de « Bab El Kasbah » un fort pour la surveillance de la côte. Le fort a pris le nom de Sfax.

690 – Résistance de Dihya (Kahina) qui succède à Aksil (Koseïla) face aux invasions arabo-musulmanes, unificatrice des Amazighs. Dihya est la dernière reine des Amazighs.

Climat

La température moyenne de Tunis : 11° en hiver, 26° en été.

Taux d’ensoleillement supérieur à 3000h par an.

Population

Les Tunisiens qui majoritairement s’identifient culturellement aux Arabes sont ethniquement Amazighs et en partie Européens.

11 millions d’habitants

Age médian : 29,2 ans

Population urbaine : 67%

Langues et cultures

Absence de prise en charge de l’enseignement de la langue amazighe en Tunisie.

Les Tunisiens ont été plongé dans un analphabétisme de leur propre langue. Un plan contre l’imazighisme* doit être enclenché en Tunisie.

La plupart des Tunisiens ne maîtrisent pas l’arabe classique langue étrangère imposée par l’Etat.

La pratique du français constitue un marqueur social. L’étude de la langue française est obligatoire de la 3ème année de l’école primaire jusqu’au baccalauréat. Le français est langue d’enseignement des disciplines techniques et scientifiques.

La culture amazighe est le principal rempart à l’islamisme et l’arabisation, l’expression la plus authentique de la Tunisie.

* imazighisme : néologisme proposé par Stéphane Arrami qui transpose le concept d’illétrisme au fait amazigh.

Géographie : les bastions qui ont résisté à l’arabisation linguistique, les lieux incontournables

La Tunisie est une superposition de strates : de la Préhistoire (Capsien) aux royaumes Numides, puis de la résistance de Dihya à la renaissance actuelle. C’est une terre amazighe qui a « digéré » ses conquérants en restant fidèle à ses racines de « Guernine » : sauvage, épineuse, mais profondément nourricière.

La Tunisie n’est pas une plaine conquise, mais un archipel de citadelles et de crêtes où l’œil amazigh, du haut des montagnes, de ses trésors enfouis a toujours dominé l’horizon pour transformer chaque invasion en une simple étape de sa propre éternité.

Classement inédit par grands pôles géoculturels

1. Le pôle Numide et forestier (Nord-Ouest)

C’est la terre des grandes confédérations de cavaliers et des cités antiques de pierre.

  • Tabarka (Thabraca) : Port antique, bastion de corail.
  • Bulla Regia (Hammam Darragi) : Célèbre pour ses villas souterraines (adaptation typiquement berbère au climat).
  • Chemtou (Simitthus) : Carrières de marbre jaune numide, symbole de la richesse des rois berbères.
  • Bizerte (Hippo Diarrhytus) & Mateur : L’interface entre la mer et les plaines de la Medjerda.
  • Le Kef (Sicca Veneria) : Ville haute, carrefour stratégique.
  • La Table de Jugurtha (Kalaat Senan) : Forteresse naturelle de 80 hectares, haut lieu de la résistance contre Rome.
  • Dougga (Thugga) : Le plus beau site numide-romain ; son mausolée libyco-punique est une preuve de l’écriture Tifinagh ancienne.
  • Siliana & Makthar (Mactaris) : Zone de mégalithes et de dolmens (culture des ancêtres).

2. La dorsale et les nids d’aigles (Centre-Nord)

Ici, l’identité s’est réfugiée sur les sommets pour surveiller les plaines.

  • Kesra (Chusira) : Le plus haut village de Tunisie (1200m), célèbre pour ses sources et ses escaliers taillés dans le roc.
  • Le Massif de Zaghouan :
    • Zriba El Alia : Village de pierre abandonné, spectaculaire.
    • Takrouna : Perché sur un rocher, l’un des rares endroits où l’âme berbère du Sahel subsiste.
    • Jradou : Village de crête préservé.
  • Kairouan : Carrefour de tribus berbères (les Maghrawa).

3. Le massif Tellien et la Medjerda

  • L’axe Bizerte – Mateur – Ichkeul : La pointe septentrionale. Un paysage de lacs et de montagnes où l’Amazigh est un pêcheur et un éleveur de plaines.
  • Sejnane : Le conservatoire de la mémoire. C’est ici que les femmes gardent, dans l’argile, les motifs préhistoriques de la culture libyque.
  • Utique & La Vallée de la Medjerda : Le grenier à blé. C’est la zone de contact avec les Phéniciens, mais où la structure sociale reste profondément tribale et agricole.

4. Tunes, la soeur jumelle d’Alexandrie Thonis-Héracléion en Égypte

Entre Tunes (Tunis), Thonis (Égypte) et Ténès (Algérie), nous ne sommes pas face à des coïncidences, mais face à une géographie sémantique amazighe qui jalonne toute l’Afrique du Nord.

Le massif du Boukornine est la « montagne sacrée » de ce pôle.

  • Ba’al Karnine : Bien que le nom soit souvent lié au punique (Baal aux deux cornes), il sacralise un sommet que les populations locales révéraient bien avant.
  • Hammam Lif (Ad Aquas) : Les sources thermales du pied du Boukornine étaient déjà exploitées par les populations locales pour leurs vertus curatives, bien avant les thermes romains ou les beys.

Escalader le Djebel Ressas (la Montagne de Plomb), c’est littéralement se tenir sur le balcon de l’histoire numide. Vous avez sous vos pieds le point de vue stratégique le plus crucial de toute la région de Tunes. Du haut du Ressas, les Numides contrôlaient la route vers le Sud (Zaghouan) et la route vers l’Est (Cap Bon).

5. Le Cap Bon (Péninsule d’Aspis)

C’est la pointe avancée de la « Tamazgha » vers l’Europe.

  • Kélibia (Aspis) : Sa citadelle repose sur des fondations libyques. C’était le point de guet des navigateurs berbères.
  • Kerkouane : Le seul site purement punique de Tunisie, mais qui révèle une culture matérielle (habitat, rites) profondément ancrée dans le substrat local libyque.
  • El Haouaria : Ses carrières (Les Latomies) ont été creusées par les ancêtres pour bâtir Carthage. C’est le lien entre la pierre et l’identité.

6. Sousse (Hadrumetum) : le comptoir des Sathan (Sanhadja)

Sousse n’est pas qu’une cité phénicienne ou romaine ; c’est le grand port de la steppe amazighe.

  • Hadrumetum / Hadrim : Avant l’influence de Carthage, c’était un établissement libyco-punique. Le nom lui-même cache des racines locales liées à l’habitat et à la protection.
  • La puissance Ziride (XIe siècle) : C’est le moment de la « libération » que tu évoquais. Sous la dynastie berbère des Sanhadja, Sousse devient un arsenal et un centre de rayonnement intellectuel. C’est ici que l’ingénierie navale amazighe a défié les flottes byzantines et normandes.
  • Le Sahel Oléicole : Sousse est le débouché naturel des huiles produites par les tribus de l’intérieur. C’est l’interface entre la Guernine de la steppe et les routes de la soie et des épices.
  • Les Catacombes du Bon Pasteur : Elles témoignent d’une population locale (libyco-romaine) très dense et organisée, possédant sa propre mystique bien avant l’arabisation.

7. Sfax – Kerkennah et El Jem -le Littoral et le Sahel

Sfax est l’exemple type de la cité-état berbère sédentarisée.

  • L’esprit de résistance : Sa médina, l’une des mieux conservées de la Méditerranée, reflète une organisation sociale rigoureuse. L’autonomie sfaxienne, souvent perçue comme un particularisme fort, est l’héritage direct des structures tribales berbères qui ont su s’adapter au commerce urbain sans perdre leur solidarité de clan (l’Asabiyya).

L’archipel de Kerkennah est un conservatoire vivant.

  • La Charfia : Ce labyrinthe fixe de palmes planté dans la mer pour capturer le poisson est une prouesse écologique. C’est une technologie libyco-berbère inchangée depuis des millénaires. C’est l’adaptation de l’Amazigh à un environnement sans relief : ici, la « montagne » est sous l’eau, et les sentiers sont des courants marins.
  • Résistance à l’oubli : Les Kerkenniens ont gardé une structure sociale insulaire très soudée, protégeant leurs ressources contre les prédations extérieures.

El Jem est un monument berbère.

  • L’aristocratie numide : Rome n’a fourni que les plans et l’administration ; l’argent, la main-d’œuvre et la volonté politique venaient des grandes familles berbères locales.
  • Le symbole : Ce Colisée, bâti au milieu de nulle part, prouve que la steppe tunisienne, loin d’être un désert, était une forêt d’oliviers immense. C’est la victoire de l’agriculteur amazigh sur l’aridité.

8. Gabès et Matmata les portes de fer du Sud – le Guelaâ

  • Gabès (Tacapes) : Seule oasis maritime au monde, porte du Sud.
  • Matmata & Tamezret : Les maisons creusées dans le lœss (terre). Tamezret est un centre majeur de la culture linguistique actuelle.
  • Ghigthi & Arram : Vestiges antiques au bord de la mer, liant le Dahar à la Méditerranée.

9. Djerba (Meninx) ancienne capitale mondiale du pourpre

Djerba était la capitale mondiale de la pourpre (teinture royale extraite du murex).

Djerba : Guellala (Iqellalen), Sedouikech, Adjim. L’île a préservé ses rites ibadites et son artisanat millénaire.

10. Les Oasis de Montagne et le Jérid (Sud-Ouest)

L’union de l’eau, de la roche et du palmier.

  • Gafsa (Capsa) : Ville éponyme de la civilisation Capsienne (10 000 av. J.-C.), l’embryon de l’ethnos berbère.
  • Tozeur & Nefta : Les cités de briques, anciennes étapes caravanières libyco-berbères.
  • Le Triptyque des Montagnes : Chebika, Tameghza, Midès. Canyons profonds et architecture de survie.

11. L’archipel du Dahar et des Ksours (Sud-Est)

Le sanctuaire de la langue Chelha et de l’architecture troglodyte.

  • Toujane : Village de pierre niché dans une faille, célèbre pour ses tissages.
  • Ghomrassen : Entouré de falaises, berceau de la diaspora du sud.
  • Chenini & Guermessa : Citadelles perchées avec des mosquées souterraines (Sidi Arfa).
  • Douiret : Ancien pôle commercial et religieux berbère.
  • Le Pays des Ksours : Ksar Haddada, Ksar Ouled Soltane, Ksar Deddab. Greniers collectifs fortifiés.

12. L’ouverture transfrontalière (Le Grand Sud)

L’histoire berbère ne s’arrête pas à la frontière dessinée par les Français et les Turcs.

L’axe des Aurès (Algérie) : La patrie de Dihya (La Kahena), dont l’influence s’étendait jusqu’à Kairouan et l’actuelle Tunisie centrale.

Djebel Nefoussa (Libye) : La continuité directe de Tataouine. C’est le pôle linguistique « frère » où le berbère est officiel aujourd’hui.

Le Grand Erg Oriental : Vers Bordj El Khadra, zone de contact historique avec les Touaregs (Kel Tamasheq).

Temporalité : des tréfonds de l’histoire et de la mémoire à la résilience culturelle actuelle

1. L’Aube Libyco-Numide (Avant J.-C.)

C’est l’époque de la souveraineté totale. Les Berbères (Libyens) occupent tout le territoire.

  • Civilisation Capsienne (-10 000 à -4 000) : L’embryon culturel à Gafsa.
  • Royaumes Numides (-IIIe au -Ier siècle) : Émergence de grands rois comme Massinissa et Jugurtha. La Tunisie (Massylies) est le grenier et la force militaire de la région.
  • Interaction avec Carthage : Les Berbères sont l’épine dorsale de l’armée carthaginoise (cavalerie numide), mais se révoltent souvent contre l’hégémonie punique (Guerre des Mercenaires).

2. Le Haut & Bas Empire Romain (Ier – IVe siècle)

L’intégration et la romanisation des élites berbères.

  • Urbanisation massive : Construction de Dougga, Bulla Regia, Mactaris. Ce sont des cités romaines habitées par des Berbères romanisés.
  • Éclosion intellectuelle : Des Berbères dominent la pensée latine (Apulée de Madaure, Fronton).
  • L’Empire Africain : La dynastie des Sévères (Septime Sévère) marque l’apogée de l’influence nord-africaine sur Rome.

3. L’Ère Vandale et l’Arianisme (439 – 534)

Une rupture majeure qui affaiblit l’ordre romain.

  • L’Arianisme : Cette forme de christianisme (niant la divinité du Christ) trouve un écho chez certaines tribus berbères, créant une fracture religieuse avec Rome/Byzance.
  • Indépendance des principautés : Profitant du chaos vandale, des micro-royaumes berbères (Mauri) reprennent le contrôle de l’intérieur des terres (Dorsale et Sud).

4. La Restauration Byzantine (534 – 647)

Une période de fortifications intenses.

  • Le Limes : Les Byzantins construisent des forteresses partout (Sbeïtla, Le Kef, Haïdra) pour contenir les poussées des tribus berbères « infidèles » du Sud et des Aurès.
  • Antalas et Cutzinas : Chefs berbères qui défient ou s’allient alternativement à Byzance.

5. La Conquête Arabo-Musulmane et Dihya (VIIe – VIIIe siècle)

Le choc des civilisations et la résistance épique.

  • Aksil (Kousseïla) : Chef berbère qui reprend Kairouan aux Arabes.
  • Dihya (La Kahena) : Reine des Aurès et de l’Ifriqiya. Elle unifie les tribus contre les Omeyyades. Sa mort vers 703 marque la fin de la résistance politique organisée, mais le début de l’islamisation berbère.

6. L’Ére des Dynasties et l’Invasion Normande (IXe – XVIe siècle)

L’islam devient berbère, puis l’arabisation s’accélère.

  • Les Aghlabides & Fatimides : Les Fatimides s’appuient sur les Berbères Koutama pour conquérir l’Égypte.
  • L’Invasion Hilalienne (XIe siècle) : Tournant linguistique. L’arrivée des tribus bédouines Banu Hilal pousse les Berbères vers les montagnes (Dahar, Matmata) et les oasis. C’est là que le berbère devient une langue de refuge.
  • L’Intermède Normand (1148-1160) : Les Normands de Sicile occupent les côtes (Mahdia, Sousse, Djerba). Les Berbères des côtes subissent cette influence avant la reprise en main par les Almohades (dynastie berbère marocaine).

7. Beylicat, Protectorat et République (XVIIIe – XXIe siècle, siècle de la créativité et de la révolution des consciences, révolution des Guernines en Tunisie*)

De l’invisibilité à la résurgence.

  • Protectorat Français (1881-1956) : Les savants français étudient les Berbères (anthropologie), mais la politique coloniale divise pour régner. Les tribus du Sud (Ouerghamma) mènent une résistance farouche.
  • L’ère Bourguiba/Ben Ali (1956-2011) : Nationalisme arabe pur. L’identité amazighe est niée, le Chelha est interdit à l’école, les tatouages sont méprisés.
  • La Révolution (2011 – Présent) : La Résurgence. Création d’associations, célébration de Yennayer (nouvel an berbère), et retour fier des symboles (Z – Yaz).

*Expression de Stéphane ARRAMI Conférence Printemps des Peuples Roubaix Espace Culturel Européen Février 2011